Le Bon Samaritain
Rembrandt a repris la parabole à trois moments décisifs : un petit tableau narratif en 1630, une eau-forte magistrale en 1633 et un paysage traversé par l’orage en 1638. Le sujet reste le même, mais l’action, l’échelle et la lumière changent entièrement.

Trois œuvres, trois manières de faire voir la compassion
Dans le tableau de 1630 et l’eau-forte de 1633, Rembrandt montre l’arrivée à l’auberge. Le blessé est descendu du cheval pendant que le Samaritain règle les frais de son accueil. L’artiste déplace ainsi l’attention du sauvetage héroïque vers l’organisation concrète du soin.
Dans le paysage de 1638, l’épisode devient minuscule. Le Samaritain aide encore le voyageur sur la route, mais une vallée immense, des arbres puissants, un torrent et un orage en train de se dissiper occupent l’essentiel du panneau. La parabole n’est plus seulement racontée : elle est inscrite dans le rythme du monde.
Ne pas confondre le tableau, le paysage et l’eau-forte
1630
Huile sur chêne, 24,2 × 19,8 cm, Wallace Collection, Londres, P203.
1633
Eau-forte, burin et pointe sèche, environ 25 × 20 cm selon l’impression.
1638
Huile sur chêne, 46,5 × 66 cm, Musée national de Cracovie, MNK XII-290.
Luc 10
La parabole répond à la question : « Qui est mon prochain ? »
Rembrandt montre moins le discours que les conséquences du geste
Abandon
Un voyageur est dépouillé et laissé à demi mort sur la route de Jérusalem à Jéricho.
Indifférence
Un prêtre puis un lévite passent sans s’arrêter. Leur éloignement devient visible dans le paysage de 1638.
Soin
Le Samaritain panse les blessures, transporte l’homme jusqu’à une auberge et paie pour qu’il soit pris en charge.
Chez Rembrandt, la compassion n’est pas une pose. Elle devient une suite d’actions : s’approcher, soulever, conduire, payer et confier.
Une petite surface, une scène étonnamment profonde
La Wallace Collection souligne le caractère expérimental de ce panneau de jeunesse, signé du monogramme « RHL » et daté de 1630. La palette encore claire et la touche fluide appartiennent aux dernières années de Rembrandt à Leyde.

Le héros n’occupe pas forcément le centre
Le Samaritain se trouve déjà sur les marches, engagé dans une conversation avec l’aubergiste. En bas, des assistants retirent le blessé du cheval. Ce partage de l’action est essentiel : la compassion ne repose plus sur un seul geste spectaculaire, mais sur une chaîne de personnes et de tâches.
La construction verticale fait circuler le regard depuis le cheval jusqu’au seuil, puis vers les figures placées plus haut. Le bâtiment n’est donc pas un simple décor : escaliers, arche et balustrade racontent le passage de la route dangereuse vers un espace de protection.
Une attribution aujourd’hui mieux établie
Le panneau a autrefois été donné à l’atelier, notamment à Govert Flinck. La Wallace Collection le présente aujourd’hui comme une œuvre de Rembrandt, en insistant sur la qualité du dessin, la complexité de la composition et la liberté de la peinture.
Rembrandt grave sa peinture, mais refuse d’en faire une copie mécanique


Ce que Rembrandt conserve, déplace et ajoute
| Élément | Tableau de 1630 | Eau-forte de 1633 | Effet obtenu |
|---|---|---|---|
| Composition | Arrivée verticale devant l’auberge | Même architecture générale, inversée par l’impression | La peinture sert de mémoire, pas de calque servile. |
| Premier plan | Relativement dégagé | Enrichi de paniers, d’objets et d’un chien | Le récit biblique entre dans la vie quotidienne. |
| Lumière | Couleurs claires et accents peints | Hachures, blancs du papier et noirs modulés | La lumière devient une construction du trait. |
| Cheval | Masse colorée centrale | Volume modelé par des réseaux de tailles | L’animal stabilise la scène dans les deux versions. |
| Diffusion | Objet unique | Plusieurs impressions et quatre états | La composition peut circuler et évoluer. |
Pourquoi le chien est-il important ?
Au premier plan de l’eau-forte, un chien défèque sous les yeux du spectateur. Le détail n’apparaît pas dans la peinture de 1630. Il a souvent surpris parce qu’il introduit un geste trivial au cœur d’un sujet biblique.
Ce réalisme n’annule pas la gravité de la parabole. Il rappelle que l’acte de bonté se produit dans un monde ordinaire : les animaux, le travail de l’auberge, les paniers et les déchets continuent d’exister pendant que quelqu’un décide d’aider un inconnu.
Un contraste typiquement rembranesque
Le sacré ne flotte pas au-dessus du réel. Il se révèle dans une rue, entre un cheval fatigué, un serviteur pressé et une auberge imparfaite.
La présence du chien élargit aussi le premier plan et donne une profondeur supplémentaire à la scène gravée.
La parabole devient presque invisible dans la nature
Dans Paysage avec la parabole du Bon Samaritain, l’aide apportée au blessé se déroule au bord du chemin, à droite. Les figures sont petites face aux chênes, au torrent, à la vallée et au ciel changeant. Le musée de Cracovie décrit aussi, plus loin, le prêtre et le lévite qui s’éloignent, ainsi qu’un équipage riche resté indifférent.
Rembrandt associe une ville biblique, des reliefs imaginaires et des éléments néerlandais, notamment des moulins. Le lieu n’est donc ni Jéricho reconstituée ni simple campagne hollandaise : c’est un théâtre moral où plusieurs mondes se rejoignent.

L’orage qui s’éloigne transforme le paysage en argument moral
La lumière revient
La plaine s’ouvre sous un ciel plus clair, comme après le passage de la tempête.
Les arbres divisent
Le grand groupe de chênes sépare l’horizon lumineux de la route plus sombre.
Le soin agit
Le Samaritain relève le voyageur dans une zone dense et presque cachée.
L’indifférence fuit
Les passants qui n’ont pas aidé deviennent de minuscules signes sur le chemin.
Il serait trop simple de traduire chaque nuage par une valeur morale fixe. Mais la succession de l’ombre, de l’eau agitée et de l’éclaircie donne au geste du Samaritain une portée cosmique : dans un monde instable, une décision humaine rétablit momentanément un ordre.
Du visage au monde : comment Rembrandt agrandit la parabole
1630 · L’auberge
Le tableau condense plusieurs gestes dans une architecture étroite. La narration se lit de personnage en personnage.
1633 · La plaque
L’eau-forte affine les textures, enrichit le quotidien et permet à la composition de circuler en plusieurs états.
1638 · Le territoire
Le paysage éloigne les figures et transforme la compassion en un point de résistance dans l’immensité.
Deux peintures de Rembrandt à comparer chez soi
Le Bon Samaritain, 1630
Une scène verticale, intime et dense, d’après le panneau de la Wallace Collection.
Voir la reproductionPaysage avec le Bon Samaritain, 1638
Une composition horizontale où l’orage, la vallée et la lumière dominent les figures.
Voir la reproductionExplorer les scènes bibliques, les paysages et les gravures
Le Bon Samaritain relie trois domaines essentiels de Rembrandt : le récit biblique, l’observation quotidienne et l’expérimentation graphique.
Voir toute la collection RembrandtQuel format choisir ?
Le panneau de 1630 convient à un accrochage vertical et intime. Le paysage de 1638 demande davantage de largeur et fonctionne particulièrement bien au-dessus d’un meuble bas.
FAQ sur Le Bon Samaritain de Rembrandt
Combien de versions Rembrandt a-t-il réalisées ?
Trois œuvres principales sont généralement rapprochées : le tableau de 1630, l’eau-forte de 1633 et le paysage de 1638. L’eau-forte elle-même existe en quatre états.
Où se trouve le tableau de 1630 ?
À la Wallace Collection de Londres, sous le numéro P203.
Où se trouve le paysage de 1638 ?
Au Musée national de Cracovie, sous le numéro MNK XII-290.
Quelle technique Rembrandt emploie-t-il pour l’estampe ?
Il associe l’eau-forte, le burin et la pointe sèche afin de varier la précision des contours et la densité des ombres.
Pourquoi le chien apparaît-il dans l’eau-forte ?
Le détail ajoute une note de vie quotidienne et enrichit le premier plan, sans apparaître dans le tableau de 1630.
L’eau-forte est-elle une copie du tableau ?
Non. Elle reprend la composition mais l’inverse, l’enrichit et la modifie. La Wallace Collection estime qu’elle a probablement servi à conserver et diffuser la composition.
Le paysage représente-t-il réellement Jéricho ?
Non au sens topographique. Rembrandt combine ville biblique, reliefs imaginaires et éléments néerlandais.
Les peintures sont-elles disponibles en reproduction ?
Oui. Les reproductions des tableaux de 1630 et de 1638 sont reliées directement dans cet article.
Poursuivre avec Rembrandt
Notices officielles et images libres de droit
- Wallace Collection — Rembrandt, The Good Samaritan, 1630, P203
- Metropolitan Museum of Art — The Good Samaritan, 1633, premier état sur quatre
- Metropolitan Museum of Art — The Good Samaritan, 1633, quatrième état sur quatre
- Rijksmuseum — eau-forte du Bon Samaritain, RP-P-OB-162
- Musée national de Cracovie — Paysage avec la parabole du Bon Samaritain, 1638
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