Top 50 · Art informel et tachisme
La matière, la tache et le geste après 1945
De Fautrier, Wols et Soulages à Tàpies, Burri, Saura et Gutaï.
L’art informel apparaît dans l’Europe bouleversée de l’après-guerre comme une manière de reconstruire la peinture sans revenir aux certitudes de la composition classique. À Paris, le critique Michel Tapié rassemble sous cette expression des pratiques très différentes : pâtes épaisses, taches, signes rapides, surfaces lacérées, automatismes, calligraphies et couleurs libérées du dessin. Les termes « abstraction lyrique », « tachisme », « matiérisme » ou « art autre » se recoupent sans être parfaitement synonymes. Le mouvement rayonne depuis la Nouvelle École de Paris vers l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, le Benelux et le Japon, tout en dialoguant avec l’expressionnisme abstrait américain. Ce classement évalue l’importance historique, l’invention technique, la force des œuvres, le rôle dans les expositions fondatrices, l’influence internationale et la capacité de chaque artiste à renouveler la relation entre geste, matière, signe et espace.

La peinture comme trace, matière, énergie et événement.
Des mots proches, mais pas interchangeables
Art informel, tachisme, abstraction lyrique et matiérisme
« Art informel » est le terme le plus large : il désigne des œuvres qui refusent la forme géométrique préétablie et font naître l’image pendant le travail. L’« abstraction lyrique », défendue notamment par Georges Mathieu à partir de 1947, insiste sur la liberté du geste et l’expression immédiate. Le « tachisme », popularisé au début des années 1950, met l’accent sur la tache, la coulure et la marque spontanée. Le « matiérisme » concerne davantage les artistes qui chargent la surface de sable, jute, goudron, poussière, métal ou brûlures. Dans la pratique, Wols, Hartung, Fautrier, Tàpies ou Burri traversent plusieurs de ces catégories, raison pour laquelle ce classement privilégie les œuvres plutôt qu’une définition rigide.
Paris après la guerre
Galeries, critiques et expositions construisent une scène nouvelle
Paris reste un foyer essentiel grâce aux galeries Drouin, René Drouin, Nina Dausset, Stadler ou de France, aux Salons des Réalités Nouvelles et de Mai, et aux prises de position de Michel Tapié, Charles Estienne et Michel Ragon. Fautrier et Dubuffet déplacent la peinture vers les hautes pâtes et les matériaux pauvres ; Wols ouvre la surface à la tache et au réseau automatique ; Mathieu, Hartung, Schneider et Soulages imposent le signe à l’échelle du corps. Des artistes venus de Russie, du Portugal, de Chine, du Canada, de Hongrie ou du Japon font de la Nouvelle École de Paris un milieu international plutôt qu’une école nationale homogène.
Une histoire internationale
De Rome et Madrid à Düsseldorf, Osaka et New York
L’informel se transforme au contact de chaque contexte. En Italie, Burri brûle, coud et craquelle la surface, tandis que Vedova, Afro ou Santomaso privilégient le conflit du geste et de la couleur. En Espagne, Tàpies, Saura, Millares et Canogar répondent à l’isolement du franquisme par des murs, des figures déchirées et des arpilleras. En Allemagne de l’Ouest, Schumacher et Götz inventent une peinture physique qui rompt avec les langages officiels du passé. Au Japon, Imai facilite les échanges avec Paris, tandis que Shiraga, Shimamoto et Tanaka, membres de Gutaï, transforment la tache en action corporelle, sonore ou technologique. Le classement inclut ces prolongements lorsqu’ils éclairent directement les enjeux de l’art informel et du tachisme.
Le Top 10
Les dix artistes qui définissent le mieux l’art informel
Fautrier, Wols, Dubuffet, Soulages, Mathieu, Hartung, Tàpies, Burri, Riopelle et Francis condensent les grandes voies du mouvement : matière, tache, signe, couleur et action.
Jean Fautrier
Avec la série des « Otages », Jean Fautrier fait de la pâte picturale une surface blessée. Les empâtements pâles, les contours fragiles et les couleurs sourdes évoquent des corps menacés sans les décrire. Cette tension entre matière, mémoire et effacement place son œuvre au cœur de l’art informel naissant.
Lire la biographie de Jean Fautrier sur WikipédiaWols
Wols transforme la feuille puis la toile en champ nerveux parcouru de filaments, de taches et de coulures. Ses formes semblent simultanément cellulaires, végétales et cosmiques. Michel Tapié voit dans cette liberté sans composition préalable l’un des points de départ essentiels de l’art informel.
Voir la collection WolsJean Dubuffet
Jean Dubuffet refuse le fini académique et mêle sable, goudron, poussière ou gravier à la peinture. Ses personnages et paysages paraissent griffés dans un mur ou extraits du sol. Cette valorisation du matériau banal et de l’énergie brute élargit l’informel au-delà de l’abstraction stricte.
Lire la biographie de Jean Dubuffet sur WikipédiaPierre Soulages
Pierre Soulages construit dès les années 1940 de vastes signes noirs qui barrent des fonds clairs. À partir de 1979, l’« outrenoir » fait du relief de la peinture noire un instrument pour réfléchir la lumière. Sa rigueur le tient à distance des étiquettes, mais son geste et sa matière dialoguent fortement avec l’informel.
Lire la biographie de Pierre Soulages sur WikipédiaGeorges Mathieu
Georges Mathieu revendique l’abstraction lyrique dès 1947 et peint parfois devant le public avec une rapidité spectaculaire. Tubes pressés directement sur la toile, lignes lancées et éclats colorés donnent au tableau la tension d’une bataille. Son œuvre fait du geste un événement, sans renoncer à une composition très consciente.
Lire la biographie de Georges Mathieu sur WikipédiaHans Hartung
Hans Hartung développe un vocabulaire de traits rapides, de gerbes et de griffures qui paraît immédiatement improvisé. Pourtant, nombre de ses tableaux agrandissent méthodiquement des dessins préparatoires. Cette alliance entre contrôle et énergie fait de lui une figure centrale de l’abstraction gestuelle européenne.
Lire la biographie de Hans Hartung sur WikipédiaAntoni Tàpies
Antoni Tàpies bâtit des surfaces épaisses avec sable, poudre de marbre, vernis et objets modestes. Croix, lettres, empreintes ou fragments corporels apparaissent comme des traces sur un mur ancien. Son matiérisme relie l’expérience catalane de l’après-guerre à la dimension internationale de l’art informel.
Lire la biographie de Antoni Tàpies sur WikipédiaAlberto Burri
Ancien médecin, Alberto Burri remplace souvent la peinture par des sacs de jute, du bois, du plastique ou du métal. Coutures, brûlures et fissures deviennent les véritables événements de l’œuvre. Il impose ainsi un art de la matière où destruction et réparation restent visibles dans chaque surface.
Lire la biographie de Alberto Burri sur WikipédiaJean-Paul Riopelle
Jean-Paul Riopelle couvre la toile de touches épaisses appliquées au couteau jusqu’à former une mosaïque continue. La couleur circule sans centre fixe, entre éclats minéraux et souvenirs de nature. Installé à Paris, il devient un lien majeur entre automatismes canadiens et abstraction lyrique européenne.
Lire la biographie de Jean-Paul Riopelle sur WikipédiaSam Francis
Sam Francis laisse la couleur flotter, éclater ou couler autour de grandes réserves blanches. Ses séjours à Paris, Tokyo et Berne nourrissent une peinture aussi attentive au vide qu’à la saturation. En Europe, ses toiles sont rapidement associées au tachisme et à l’abstraction lyrique internationale.
Lire la biographie de Sam Francis sur WikipédiaChapitre I · Rangs 11 à 20
Paris, la calligraphie et les espaces de la couleur
De Zao Wou-Ki à Manessier, ces artistes montrent que l’informel ne se réduit pas à la violence du geste : il peut devenir souffle, labyrinthe, lumière, silence ou paysage.
Zao Wou-Ki
Zao Wou-Ki transforme signes archaïques, paysages mentaux et mouvements atmosphériques en vastes espaces colorés. La peinture à l’huile lui permet de superposer transparences, éclats et profondeurs, tandis que la tradition chinoise nourrit le souffle de la composition. Son œuvre renouvelle durablement l’École de Paris.
Lire la biographie de Zao Wou-Ki sur WikipédiaEmilio Vedova
Emilio Vedova attaque la surface par des diagonales, des éclats noirs et blancs et des reprises violentes. Ses tableaux et panneaux mobiles refusent le calme décoratif pour conserver une dimension politique et existentielle. L’informel devient chez lui une confrontation physique avec l’histoire européenne.
Lire la biographie de Emilio Vedova sur WikipédiaMaria Helena Vieira da Silva
Maria Helena Vieira da Silva construit des villes, bibliothèques et échiquiers dont les lignes se dérobent à toute perspective régulière. La touche fragmentée transforme l’espace en labyrinthe mobile. Proche de l’abstraction lyrique, elle conserve toujours un dialogue subtil avec l’architecture et la mémoire du monde visible.
Lire la biographie de Maria Helena Vieira da Silva sur WikipédiaHenri Michaux
Poète autant que peintre, Henri Michaux invente des alphabets sans langue, des foules de signes et des figures traversées d’impulsions. Encre, aquarelle et gouache enregistrent la vitesse de la main et les variations de conscience. Son œuvre donne au tachisme une dimension mentale et scripturale singulière.
Lire la biographie de Henri Michaux sur WikipédiaNicolas de Staël
Nicolas de Staël superpose au couteau des blocs colorés qui peuvent devenir mur, mer, ciel, stade ou nature morte. Ses tableaux maintiennent une tension constante entre reconnaissance du motif et autonomie de la peinture. Cette position indépendante en fait une figure essentielle du climat informel des années 1950.
Voir la collection Nicolas de StaëlChu Teh-Chun
Chu Teh-Chun transforme les souvenirs de paysages chinois en tourbillons de lumière, de brume et de couleur. Les gestes calligraphiques structurent des profondeurs qui ne relèvent ni de la perspective occidentale ni d’une imitation directe de la nature. Il devient l’un des grands représentants internationaux de l’abstraction lyrique.
Lire la biographie de Chu Teh-Chun sur WikipédiaSerge Poliakoff
Serge Poliakoff assemble de larges formes irrégulières qui s’emboîtent sans contour rigide. Les couches de pigment produisent une couleur profonde, presque poudreuse, où chaque zone modifie sa voisine. Plus construit que gestuel, son travail appartient néanmoins au vaste champ de l’abstraction informelle parisienne.
Lire la biographie de Serge Poliakoff sur WikipédiaBram van Velde
Bram van Velde fait apparaître de vastes formes colorées qui semblent se défaire au moment même où elles se constituent. Transparences, contours instables et zones laissées ouvertes donnent à la toile une grande fragilité. Cette peinture sans programme fixe trouve dans l’informel un espace d’accueil naturel.
Lire la biographie de Bram van Velde sur WikipédiaRoger Bissière
Roger Bissière organise la toile comme une mosaïque de signes, de fenêtres et de couleurs assourdies. L’abstraction reste liée aux saisons, au jardin, aux objets familiers et au travail artisanal. Son enseignement et son œuvre jouent un rôle discret mais déterminant dans la Nouvelle École de Paris.
Lire la biographie de Roger Bissière sur WikipédiaAlfred Manessier
Alfred Manessier transforme marais, nuits, fêtes religieuses et événements politiques en rythmes colorés. Sa pratique du vitrail approfondit sa compréhension d’une lumière qui traverse plutôt qu’elle ne recouvre. Son abstraction lyrique reste structurée par une expérience spirituelle et sensible du paysage.
Lire la biographie de Alfred Manessier sur WikipédiaChapitre II · Rangs 21 à 30
Taches, signes et méthodes de la Nouvelle École de Paris
Atlan, Bryen, Schneider, Degottex, Debré, Hantaï et leurs contemporains déplacent la frontière entre improvisation et méthode, présence physique et effacement.
Jean-Michel Atlan
Jean-Michel Atlan construit des silhouettes totémiques cernées de noir et animées de couleurs intenses. Ses formes ne sont ni pleinement figuratives ni entièrement abstraites ; elles évoquent danse, masque et énergie rituelle. Son œuvre brève marque profondément la scène parisienne de l’après-guerre.
Lire la biographie de Jean-Michel Atlan sur WikipédiaCamille Bryen
Camille Bryen passe de la poésie expérimentale au dessin automatique puis à une peinture faite d’éclaboussures et de réseaux colorés. Il participe aux premières manifestations de l’abstraction lyrique et aux expositions de Michel Tapié. Chez lui, la tache conserve l’ironie et la liberté d’un langage poétique.
Lire la biographie de Camille Bryen sur WikipédiaGérard Schneider
Gérard Schneider peint par élans successifs, opposant larges formes sombres, couleurs franches et réserves lumineuses. La toile devient le lieu d’un équilibre atteint pendant l’action plutôt qu’avant elle. Dès la fin des années 1940, il compte parmi les principaux représentants de l’abstraction lyrique à Paris.
Lire la biographie de Gérard Schneider sur WikipédiaJean Degottex
Jean Degottex réduit progressivement la peinture à l’énergie d’un signe, d’une vague ou d’une empreinte. La calligraphie extrême-orientale et la pensée zen l’aident à privilégier l’acte juste plutôt que l’expression démonstrative. Ses œuvres tardives explorent même les traces produites par le support lui-même.
Lire la biographie de Jean Degottex sur WikipédiaOlivier Debré
Olivier Debré étend des champs de couleur fluides où quelques empâtements marquent les bords ou l’horizon. Ses grands formats traduisent moins un paysage précis que la sensation physique d’un fleuve, d’un ciel ou d’une lumière. Il prolonge ainsi l’abstraction lyrique vers une ampleur méditative.
Lire la biographie de Olivier Debré sur WikipédiaSimon Hantaï
Après une phase gestuelle proche de l’informel, Simon Hantaï invente le pliage : la toile est froissée, nouée, peinte puis dépliée. Les réserves blanches résultent d’un protocole qui partage l’auteur entre décision et hasard. Cette méthode renouvelle profondément la question du geste après le tachisme.
Lire la biographie de Simon Hantaï sur WikipédiaPierre Tal-Coat
Pierre Tal-Coat simplifie progressivement paysage, eau, pierre, oiseau ou silhouette jusqu’à quelques traces dans une surface lumineuse. La peinture ne renonce pas au réel ; elle cherche l’instant où une présence surgit avant d’être nommée. Sa retenue offre un contrepoint essentiel aux gestes spectaculaires du tachisme.
Lire la biographie de Pierre Tal-Coat sur WikipédiaMaria Manton
Maria Manton développe une abstraction où formes organiques, réseaux linéaires et couleurs transparentes évoquent germination, eau ou croissance. Cofondatrice du Salon des Réalités Nouvelles, elle défend une peinture libre sans chercher l’effet spectaculaire. Sa place dans l’abstraction parisienne est aujourd’hui justement réévaluée.
Lire la biographie de Maria Manton sur WikipédiaJudit Reigl
Judit Reigl lance la matière sur la toile, la pousse avec des outils improvisés puis utilise parfois les dépôts accumulés au sol. Les séries « Éclatement » et « Guano » font du tableau le résultat d’une action et d’une transformation physique. Plus tard, la figure humaine réapparaît comme une énergie traversant la surface.
Lire la biographie de Judit Reigl sur WikipédiaAnna-Eva Bergman
Anna-Eva Bergman applique feuilles d’or, d’argent ou de cuivre sur des formes simples évoquant montagne, barque, horizon ou planète. La matière métallique capte une lumière changeante et transforme le paysage en signe monumental. Son œuvre relie la sensibilité nordique au contexte informel parisien.
Lire la biographie de Anna-Eva Bergman sur WikipédiaChapitre III · Rangs 31 à 40
CoBrA, Espagne et circulations internationales
La figure libre de CoBrA, la noirceur d’El Paso et les échanges entre Paris, Rome et New York prouvent que l’informel est une constellation européenne et transatlantique.
Asger Jorn
Asger Jorn mêle gestes rapides, couleurs terreuses et créatures grotesques dans des surfaces volontairement instables. Fondateur de CoBrA, il défend l’expérimentation, l’imaginaire populaire et la création collective. Son expressionnisme libre rejoint l’informel par son refus des formes polies et des systèmes autoritaires.
Lire la biographie de Asger Jorn sur WikipédiaKarel Appel
Karel Appel modèle oiseaux, enfants et figures criantes dans une peinture épaisse aux couleurs franches. La spontanéité revendiquée par CoBrA ne signifie pas absence de construction : chaque forme naît d’ajouts, de recouvrements et de résistances de la matière. Son œuvre donne à l’informel une puissance figurative immédiate.
Lire la biographie de Karel Appel sur WikipédiaCorneille
Corneille conserve après CoBrA un monde reconnaissable d’oiseaux, de femmes, de soleils et de paysages vus d’en haut. La ligne serpentine et la couleur vive empêchent toutefois toute stabilité descriptive. Son imaginaire montre que l’informel peut accueillir le récit et la figure sans revenir au naturalisme.
Lire la biographie de Corneille sur WikipédiaPierre Alechinsky
Pierre Alechinsky associe la liberté de CoBrA à l’encre et à la calligraphie découvertes au Japon. Sur papier marouflé, une image centrale dialogue souvent avec des vignettes périphériques qui prolongent le récit. Son trait vivant transforme le geste informel en écriture pleine d’humour et de métamorphoses.
Lire la biographie de Pierre Alechinsky sur WikipédiaAntonio Saura
Antonio Saura maintient la figure au centre d’une peinture gestuelle dominée par le noir, le blanc et les terres. Crucifixions, dames et portraits célèbres sont démontés par des coups de brosse rapides. Cofondateur d’El Paso, il donne à l’informalisme espagnol une force critique et tragique.
Lire la biographie de Antonio Saura sur WikipédiaManolo Millares
Manolo Millares déchire, replie et recoud la toile de jute avant de la couvrir de noir, de blanc et de rouge. Les « Homúnculos » ressemblent à des corps bandés, des momies ou des paysages dévastés. Sa matière pauvre porte directement la mémoire de la guerre et de la répression espagnoles.
Lire la biographie de Manolo Millares sur WikipédiaRené Duvillier
René Duvillier découvre en Bretagne le mouvement de la mer et en tire des séries d’encres et de peintures traversées de jets, de vagues et de tourbillons. Soutenu par Charles Estienne, il appartient pleinement au tachisme de la Nouvelle École de Paris. Son geste reste lié à une sensation physique du monde marin.
Lire la biographie de René Duvillier sur WikipédiaRafael Canogar
Rafael Canogar couvre ses premières toiles de gestes noirs, de griffures et de coulures qui font vibrer une surface presque monochrome. À la fin des années 1960, il réintroduit silhouettes et foules pour répondre plus directement à la violence politique. Son parcours révèle les limites et les prolongements de l’informel.
Lire la biographie de Rafael Canogar sur WikipédiaJosé Guerrero
José Guerrero fait se heurter de larges masses colorées séparées par des frontières instables. Son expérience américaine le rapproche de l’expressionnisme abstrait, tandis que la lumière et la mémoire de Grenade persistent dans ses couleurs. Il incarne la circulation transatlantique de l’abstraction gestuelle.
Lire la biographie de José Guerrero sur WikipédiaAfro Basaldella
Afro Basaldella compose des formes flottantes, des transparences et des accents calligraphiques qui conservent parfois le souvenir d’un paysage ou d’une figure. Ses séjours aux États-Unis enrichissent sa palette sans effacer la lumière italienne. Son lyrisme fait le pont entre informel européen et abstraction américaine.
Lire la biographie de Afro Basaldella sur WikipédiaChapitre IV · Rangs 41 à 50
Italie, Allemagne et Japon : l’informel change d’échelle
Du signe répété de Capogrossi aux actions de Gutaï, la peinture devient surface minérale, écriture, trace corporelle, projection et parfois performance.
Giuseppe Capogrossi
Giuseppe Capogrossi abandonne la figure pour un signe fourchu qu’il répète, retourne et superpose sur des fonds colorés. Cet élément simple fonctionne comme une écriture sans message, capable de produire densité, rythme et profondeur. Sa constance donne une version très construite de l’art informel.
Lire la biographie de Giuseppe Capogrossi sur WikipédiaGiuseppe Santomaso
Giuseppe Santomaso transforme fenêtres, façades, lagune et architecture vénitienne en réseaux de signes et de couleurs transparentes. La toile reste ouverte, lumineuse, traversée de lignes qui suggèrent sans décrire. Son abstraction concilie l’héritage du lieu et la liberté gestuelle de l’après-guerre.
Lire la biographie de Giuseppe Santomaso sur WikipédiaEnrico Donati
Enrico Donati passe du surréalisme à des surfaces épaisses qui évoquent désert, lave, fossile ou paysage lunaire. Sable, poussière et textures craquelées font de la toile un objet géologique. Son œuvre rappelle combien l’informel prolonge aussi certaines recherches sur l’automatisme et l’inconscient.
Lire la biographie de Enrico Donati sur WikipédiaEmil Schumacher
Emil Schumacher creuse, gratte et charge la peinture jusqu’à lui donner l’épaisseur d’une peau ou d’un sol. Les lignes semblent incisées dans une matière brune, rouge ou bleue plutôt que dessinées à sa surface. Il est l’une des figures majeures de l’art informel en Allemagne de l’Ouest.
Lire la biographie de Emil Schumacher sur WikipédiaKarl Otto Götz
Karl Otto Götz étale une peinture fluide avec une brosse, la déplace avec une raclette puis intervient dans la surface encore humide. Ce procédé produit des tourbillons très rapides où noirs, blancs et couleurs s’interpénètrent. Son enseignement transmet l’informel à une génération décisive d’artistes allemands.
Lire la biographie de Karl Otto Götz sur WikipédiaKumi Sugai
Installé à Paris, Kumi Sugai part de signes proches de l’idéogramme et de matières sombres avant d’évoluer vers des formes nettes et des couleurs franches. Son œuvre montre une transformation plutôt qu’une simple fusion de traditions. Il compte parmi les artistes asiatiques centraux de l’art informel international.
Lire la biographie de Kumi Sugai sur WikipédiaToshimitsu Imai
Toshimitsu Imai découvre l’abstraction lyrique à Paris et devient un passeur essentiel auprès des artistes japonais. Ses toiles accumulent coulures, projections et épaisseurs colorées dans un mouvement très physique. Plus tard, fleurs, lettres et motifs traditionnels réapparaissent au sein de cette énergie.
Lire la biographie de Toshimitsu Imai sur WikipédiaKazuo Shiraga
Suspendu à une corde, Kazuo Shiraga peint avec ses pieds et engage tout son corps dans la matière. Les sillons, amas et mélanges de couleur conservent la trajectoire de l’action. Membre de Gutaï, il pousse plus loin que le tachisme européen l’identification entre peinture, performance et événement physique.
Lire la biographie de Kazuo Shiraga sur WikipédiaShōzō Shimamoto
Shōzō Shimamoto jette ou brise des bouteilles remplies de couleur sur des supports posés au sol. L’explosion distribue la peinture selon une part de hasard impossible à reproduire exactement. Ses actions Gutaï donnent à la tache une origine concrète, sonore et collective.
Lire la biographie de Shōzō Shimamoto sur WikipédiaAtsuko Tanaka
Atsuko Tanaka transforme fils, ampoules, sonneries et circuits électriques en performances puis en peintures. Cercles colorés et lignes enchevêtrées gardent la mémoire des connexions de l’« Electric Dress ». Son œuvre élargit l’informel vers le corps technologique et les réseaux.
Lire la biographie de Atsuko Tanaka sur WikipédiaSources et parcours
Approfondir l’art informel au musée et sur Alpha Reproduction
Explorer Alpha Reproduction
L’informel n’est pas l’absence de forme, mais une forme en train de naître
Ce Top 50 révèle une histoire plus diverse que l’image d’une simple peinture spontanée. Fautrier et Burri font parler une surface blessée ; Wols et Bryen inventent des microcosmes de taches ; Hartung, Mathieu et Schneider organisent l’énergie du trait ; Soulages et Vedova affrontent le noir ; Vieira da Silva, Zao Wou-Ki et Chu Teh-Chun construisent des espaces où couleur, mémoire et souffle restent inséparables. Même lorsqu’elle paraît immédiate, cette peinture repose souvent sur des décisions précises de rythme, de support, d’outil et de durée.
Son héritage se mesure aussi à ses déplacements. Hantaï transforme le hasard en méthode de pliage, Tàpies et Millares font du matériau un témoin historique, CoBrA maintient la figure dans l’instabilité, et Gutaï engage le corps jusqu’à convertir la peinture en action. Pour relire le classement, comparez moins les styles que les verbes : griffer, couler, presser, brûler, coudre, plier, balayer, projeter. C’est dans ces opérations concrètes que l’art informel retrouve aujourd’hui toute sa force.











































0 kommenttia